Vidéo live : l’avenir du spectacle | #MaMA2015

MAMA 2015 - Vidéo live

Date : 15/10/2015, Day 2

  • Mathias Milliard – Modérateur, IRMA
  • Ronan Leborgne – Cofondateur Sourdoreille
  • Samuel Thiebaut – Cofondateur Oléo Films
  • Pierre Eligny – Président Rhythm and Town

Les intervenants ouvrent la conférence en se présentant :

  • Sourdoreille est un collectif de réalisateurs et de journalistes qui a développé un média avant tout (chroniques, interviews) et toute une partie captation avec des réalisateurs, cadreurs, cameramen. Sourdoreille se déplaçait d’abord en festivals, et maintenant en concerts, sessions acoustiques et interviews. Il est important pour eux d’éditorialiser le propos. Sourdoreille réalise également des portraits et des formes plus documentaires, hybrides, comme les Contes du Paris Perché. CultureBox et Arte Concert sont ses deux diffuseurs principaux.
  • Oléo Films est une société de production audiovisuelle spécialisée dans le jazz et les musiques du monde. Elle réalise des saptations de concert, quelques documentaire, et travaille pour CultureBox, Arte Concert, France Ô et France 4. Oléo Films s’étend un peu vers d’autres musiques actuelles : rock, co-production avec Sombrero sur Beauregard, hip hop avec Mos Def, Hellfest et Vieilles Charrues.
  • Rhythm and Town propose une nouvelle expérience immersive du live, alliant 3 dimensions, 360° et réalité virtuelle. Les projets sont pensés pour YouTube avec un gros travail sur le référencement.

 

Le web a complètement transformé la captation : nouveaux diffuseurs, nouveaux formats… Un rapide survol sur l’évolution du marché de la captation ?

 

Ronan Leborgne répond le premier : « Nous sommes nés sur le web, on travaille moins avec des diffuseurs antennes, même si certains projets remontent parfois jusqu’à elles. A partir de 2011-2012, il y a eu un développement via les réseaux sociaux, et ça a modifié les contenus à travers les pratiques : on ne regarde pas de la vidéos live sur 1h ou 1h30. On est plus impatients, il faut donc capter le public différemment, avec de nouvelles manières. Les contenus sont pensés différemment, l’expérience utilisateur est chamboulée par la navigation. »

Samuel Thiebaut poursuit : « On peut filmer plus de choses, des esthétiques absentes de la télévision. Il n’y a pas de jazz à la TV, hormis en troisième partie de soirée, et un nombre de spectateurs équivalent à la marge d’erreur. Le web donne une plus grande surface pour les musiques en général. Le métal était inexistant sur les chaînes de TV, alors que c’est une niche et le premier fournisseur de vidéos live vues pour Arte Concert : plus d’1 million de vues cette année, ce qui est très loin de leurs chiffres habituels. Une production pour le web coûte moins cher que pour une antenne : ça passe de 1 à 30, pour des productions de qualité comparable. Et on peut tourner en HD voire en 4K, alors que France Ô est toujours en SD. »

Pierre Eligny nous parle ensuite des différents profils : « Pourquoi je vais regarder des films de concert ? Il y a différents types. Il y a ceux qui regardent un live entier, ça existe encore. Il y a ceux qui sont curieux, viennent découvrir et restent très peu de temps. Rhythm and Town est sur des formats qui parlent aux deux : une manière de présenter, un story telling, une rétention, avoir un début très efficace pour aussi satisfaire ces zappeurs… La réalité virtuelle est un nouveau média. Il y a la Google Cardbox pour 1 euro, bientôt l’Oculus Rift.  Il faut pouvoir attirer le regard dans la bonne direction, du son binaural, etc. »

Les effets pervers de la multiplication de l’offre de captation par rapport à la chaîne de financement publique

 

Samuel Thiebaut répond : « Le CNC est de fait le principal financeur de captations de spectacles vivants. Créé après la 2ème guerre mondiale, ses fonds viennent de la billetterie de cinéma, de la publicité sur les chaînes… Une partie du CNC soutient la captation de spectacles vivants à vocation patrimoniale. Une tempête a été soulevée début 2015. Le CNC s’est fait déborder par le nombre de demandes de la part de certains diffuseurs, sans compter le soutien automatique dès lors que l’on a répondu à certains critères. Ce n’est pas le cas des producteurs. Normalement, quand on remplit ces cirtères, on touche. Cette année, il y a eu plus de demandes que de budget.En 2015, l’argent demandé par les producteurs en 2014 n’a pas été accordé, ce qui représente une perte de 100 à 350 000 euros chacun pour ceux concernés. Le CNC durcit les conditions d’accès à son soutien. Ils veulent moins d’acteurs, et ils sont en train de durcir les conditions d’accès. »

Ronan Leborgne ajoute : « Aujourd’hui, il est très dur pour un jeune producteur de faire financer un projet qui sera diffusé uniquement sur le web. Jusque récemment, il fallait obligatoirement passer par un diffuseur TV local ou national. Il était devenu archaïque que ces projets nés de plateformes, sur des sites dédiés ou simplement inadaptés à la télé traditionnelle, ne rentrent pas dans la case d’éligibilité du CNC. »

« Ça a changé récemment », confirme Samuel Thiebaut. « Ils s’adaptent, c’est une question de survie. La musique représente 75% du volume du CNC. Elle est donc vraiment soutenue par le CNC. C’est 42% musiques actuelles, avant les musiques classiques (40%). 42% surtout représentés par Morgan. »

« Beaucoup de sociétés civiles peuvent rentrer en complément de ces financements », reprend Ronan Leborgne. « Le SCM soutient désormais uniquement les producteurs phonographiques. Ensuite il y a la SACEM, l’ADAMI, de 5 à 20K euros. Le CNC n’est pas la voix unique, même si c’est la voie principale. »

« Il y a de plus en plus d’entreprises qui mettent en place des projets avec la musique pour leur communication », rebondit Pierre Eligny. « Mais ce n’est pas le même budget, pas la même manière de produire et pas les mêmes attentes. »

Quid du livestreaming en salles de cinéma ?

« On a fait une tentative qui n’a pas abouti », répond Samuel Thibaut. Il y a eu un partenariat avec Pathé, 50 000 entrées le même soir, à 3€ l’entrée. Comme ce n’est pas une billetterie habituelle, ça peut être partagé à 50% entre le producteur ou le label. »

 

Et ça, c’est plutôt une bonne nouvelle pour les producteurs de spectacle qui, rappelons-le,
n’ont à ce jour pas de droits.

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